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Prédication du 20 Septembre 2026
Ézéchiel 47:1-12
Le prophète Ézéchiel est l’une des grandes figures prophétiques de l’Ancien Testament. Il est surtout connu pour ses visions très symboliques et mystérieuses, notamment celle des « roues » et celle de la « vallée des ossements desséchés ».
Qui était Ézéchiel ?
Ézéchiel (en hébreu Yeḥezqel, « Dieu fortifie ») était un prêtre et prophète qui vécut au VIᵉ siècle avant notre ère, à l’époque de l’exil des Judéens à Babylone.
Il fait partie des trois grands prophètes bibliques, avec Isaïe et Jérémie.
Le livre qui porte son nom, raconte ses visions et ses messages au peuple d’Israël pendant une période extrêmement difficile : Jérusalem a été conquise par les Babyloniens et une partie importante de la population a été déportée.
Je disais tantôt que Ézéchiel est connu pour ses visions, et notre texte parle de l’une d’elle mais ce n’est pas la plus connue: La vision du Temple, qui débute au chapitre 40 et se termine au chapitre 48, le livre compte 48 chapitres.
Frères et sœurs,
Ézéchiel nous parle d’une vision : il voit de l’eau qui sort du temple. Au début, ce n’est qu’un petit filet. Puis l’eau devient de plus en plus profonde. Elle devient un torrent que l’on ne peut plus traverser à pied.
Et cette eau va quelque part.
Elle descend vers des régions arides, elle atteint la mer, et là où elle passe, la vie apparaît.
Les poissons se multiplient. Les arbres poussent. Les fruits apparaissent. Même les eaux qui étaient mortes deviennent vivantes.
Ézéchiel nous rappelle quelque chose : là où l’eau de Dieu coule, la vie revient.
1. L’eau commence par un petit filet
Ézéchiel dit qu’il voit de l’eau sortir du temple.
Au début, ce n’est pas impressionnant. Ce n’est pas un torrent. C’est un filet d’eau.
Puis l’homme mesure mille coudées. L’eau arrive aux chevilles. Encore mille : aux genoux.
Encore mille : à la taille.
Puis encore mille : et l’eau devient un fleuve qu’Ézéchiel ne peut plus traverser.
Ce détail est important.
Dieu commence souvent petit.
Nous vivons dans une époque où nous voulons des résultats immédiats.
Nous sommes habitués à voir des choses qui vont vite : les informations arrivent instantanément, les messages sont envoyés en quelques secondes, les vidéos sont consommées en quelques instants.
Et parfois nous avons la même attente avec Dieu.
Nous prions aujourd’hui et nous voulons voir la réponse demain.
Nous demandons à Dieu de changer une situation et nous voulons immédiatement constater le changement.
Mais Dieu travaille aussi dans la profondeur. Une graine ne devient pas un arbre en une nuit.
Une rivière ne devient pas un fleuve en quelques secondes.
Et parfois, dans notre vie spirituelle, nous méprisons les petits commencements.
Une petite prière.
Un petit pas d’obéissance.
Un pardon que nous décidons d’accorder.
Quelques minutes passées avec Dieu.
Une parole de la Bible qui commence à toucher notre cœur. Une habitude que nous abandonnons progressivement.
Une personne que nous recommençons à aimer. Cela peut sembler petit.
Mais un petit filet d’eau peut annoncer un grand fleuve.
Peut-être que quelqu’un ici se dit :
« Ma foi n’est plus comme avant. »
« Je ne ressens plus la présence de Dieu comme avant. »
« Je ne vois pas encore de changement. » Ne méprise pas le petit commencement.
Dieu peut faire grandir ce qui commence aujourd’hui.
2. Plus l’eau avance, plus elle devient profonde
Le texte nous montre ensuite quelque chose de très beau. L’homme mesure la rivière.
D’abord les chevilles. Puis les genoux.
Puis les reins.
Et finalement, c’est une eau qu’Ézéchiel ne peut plus traverser. Pourquoi ?
Parce que le fleuve devient progressivement plus profond.
Et je crois qu’il y a ici une image de notre relation avec Dieu.
Au début, nous voulons souvent garder le contrôle.
Nous voulons suivre Dieu, mais jusqu’à une certaine profondeur.
« Seigneur, bénis-moi, mais ne touche pas à tout. »
« Seigneur, aide-moi, mais laisse-moi décider. »
« Seigneur, transforme ma situation, mais ne me demande pas de changer moi-même. »
Nous voulons parfois les chevilles dans l’eau, mais les pieds bien ancrés sur notre propre volonté.
Puis Dieu nous invite à aller plus loin. Aux genoux.
Puis à la taille.
Puis vient un moment où nous ne pouvons plus avoir pied. Et là, quelque chose change.
Il ne s’agit plus simplement de marcher dans l’eau. Il faut se laisser porter par l’eau.
Et spirituellement, cela peut représenter l’abandon.
Faire confiance à Dieu même lorsque nous ne maîtrisons pas tout. La foi devient alors autre chose qu’une simple connaissance.
Elle devient une dépendance.
Plus nous avançons avec Dieu, plus nous apprenons à lui faire confiance.
3. Le fleuve va vers les endroits morts
Et c’est peut-être le point le plus puissant de cette vision. L’eau ne reste pas dans le temple.
Elle sort. Elle descend.
Elle va vers les endroits arides. Elle va jusqu’à la mer Morte.
La mer Morte porte bien son nom : son environnement est extrêmement salin et la vie aquatique y est très limitée.
Mais dans la vision d’Ézéchiel, quelque chose d’extraordinaire se produit :
l’eau de Dieu rejoint l’endroit où la vie semblait impossible.
Et cela nous parle énormément aujourd’hui.
Parce que nous avons tous des « mers mortes » dans notre vie. Cela peut être une relation qui s’est refroidie.
Une blessure ancienne.
Un découragement profond.
Une situation familiale compliquée. Une solitude que personne ne voit. Une déception.
Une culpabilité.
Un rêve abandonné.
Une foi devenue mécanique.
Ou simplement une fatigue intérieure que nous cachons derrière un sourire.
Et parfois nous regardons ces endroits en disant :
« Là, il n’y a plus rien à faire. »
« Cette relation ne changera jamais. »
« Je serai toujours comme ça. »
« Je ne retrouverai jamais cette joie. »
Mais le message d’Ézéchiel est :
Ne décide pas trop vite qu’un endroit est définitivement mort lorsque Dieu peut encore y faire couler son eau.
Cela ne veut pas dire que toutes les situations deviennent faciles ou que toutes nos circonstances changent comme par magie.
Mais cela signifie que Dieu peut faire naître de la vie même là où nous ne voyons plus que de la mort.
Il peut faire renaître l’espérance. Il peut restaurer un cœur.
Il peut nous donner la force de pardonner. Il peut nous apprendre à recommencer.
Il peut transformer notre manière de traverser une épreuve. Il peut mettre de la paix là où il y avait de l’angoisse.
Il peut remettre debout quelqu’un qui pensait ne plus pouvoir avancer.
4. Là où le fleuve passe, les choses changent
Le verset 9 dit, que partout où le fleuve arrive, les êtres vivants peuvent vivre.
Et le verset 12 décrit les arbres qui produisent du fruit. Remarquons quelque chose :
Le fleuve ne fait pas seulement couler de l’eau. Il produit de la vie.
C’est une image très forte pour nous.
Parce que la présence de Dieu dans notre vie ne devrait pas seulement être quelque chose que nous ressentons le dimanche matin.
Elle devrait produire des fruits.
Si Dieu coule dans ma vie, cela doit progressivement toucher ma manière de parler.
Ma manière de traiter les autres.
Ma manière de pardonner. Ma manière de travailler.
Ma manière de réagir lorsque quelqu’un me blesse. Ma manière de regarder celui qui est différent de moi. Ma manière de traverser les difficultés.
La question n’est donc pas seulement :
« Est-ce que je vais à l’Église ? »
Mais :
« Est-ce que la vie de Dieu coule à travers moi jusque dans les endroits où je vis chaque jour ? »
À la maison.
Au travail.
Dans nos familles. Dans nos amitiés.
Dans nos conversations.
Sur nos téléphones et sur les réseaux sociaux.
Parce qu’il est possible de parler de Dieu dans l’Église et de vivre complètement différemment une fois sorti de l’Église.
Mais lorsque le fleuve de Dieu coule réellement en nous, quelque chose finit par changer.
Les autres devraient pouvoir goûter quelque chose de la grâce de Dieu à travers notre manière de vivre.
5. Les arbres donnent du fruit
Ézéchiel voit des arbres sur les deux rives du fleuve. Ils produisent constamment du fruit.
Et le texte dit que leurs feuilles ne se flétrissent pas.
WAOW !
Dans un monde où beaucoup de choses s’épuisent rapidement, Dieu nous parle de quelque chose qui porte du fruit dans la durée.
Mais il y a une condition implicite :
l’arbre est près de l’eau.
Un arbre ne produit pas du fruit parce qu’on lui crie dessus :
« Produis plus de fruits ! »
Il porte du fruit parce qu’il est nourri.
Et parfois nous faisons l’inverse dans notre vie chrétienne. Nous nous demandons :
« Pourquoi suis-je devenu impatient ? »
« Pourquoi suis-je constamment découragé ? »
« Pourquoi est-ce que je n’arrive plus à pardonner ? »
« Pourquoi ma foi est-elle devenue sèche ? »
Et nous essayons simplement de faire plus d’efforts.
Mais peut-être que la question n’est pas seulement :
« Est-ce que je produis assez ? »
La vraie question est :
« Est-ce que je reste connecté à la source ? »
Parce que nous ne pouvons pas donner durablement ce que nous ne recevons plus.
Si je veux donner de l’amour, j’ai besoin de recevoir l’amour de Dieu.
Si je veux donner du pardon, j’ai besoin de me souvenir du pardon que j’ai reçu.
Si je veux donner de l’espérance, j’ai besoin de revenir à la source de mon espérance.
Si je veux apporter la paix, j’ai besoin de laisser Dieu travailler dans mon propre cœur.
Le fruit est la conséquence d’une vie nourrie par la source.
6. Aujourd’hui,où le fleuve doit-il couler ?
Alors peut-être que ce matin, la question que Dieu nous pose est personnelle.
Où est-ce que tu as besoin que son fleuve coule ?
Dans ton couple ? Dans ta famille ? Dans ton cœur ?
Dans une blessure ? Dans ta foi ?
Dans ta manière de voir ton avenir ?
Dans une situation que tu as abandonnée depuis longtemps ?
Peut-être que tu as tellement vécu avec cette sécheresse que tu as fini par penser qu’elle faisait partie de toi.
Mais Dieu dit :
« Je peux encore faire couler de l’eau ici. »
Et il y a une deuxième question :
Est-ce que nous permettons au fleuve de continuer son chemin à travers nous ?
Parce que le fleuve ne s’arrête pas au temple. Il sort du temple.
Il va vers le monde.
Et cela nous concerne directement.
L’Église n’est pas appelée à être une réserve d’eau. Elle est appelée à laisser couler la vie de Dieu.
Nous sommes appelés à porter cette vie autour de nous.
Dans une société où beaucoup de personnes sont découragées, soyons des personnes qui apportent l’espérance.
Dans une société où beaucoup sont divisés, soyons des artisans de paix.
Dans un monde où les paroles peuvent blesser très rapidement, choisissons des paroles qui construisent.
Là où il y a de la haine, apportons l’amour. Là où il y a du jugement, apportons la grâce.
Là où il y a du désespoir, apportons l’espérance.
Non pas parce que nous sommes meilleurs que les autres. Mais parce que nous avons nous-mêmes besoin de la source.
Conclusion
Ézéchiel commence avec un petit filet d’eau. Il termine avec un fleuve qui apporte la vie. Entre les deux, il y a une progression.
Et peut-être que Dieu nous invite aujourd’hui à faire simplement un pas de plus.
Si nous sommes aux chevilles, avançons aux genoux. Si nous sommes aux genoux, avançons jusqu’à la taille.
Et si Dieu nous demande d’aller là où nous n’avons plus pied, faisons-lui confiance.
Parce que le message de ce texte n’est pas :
« Essaie plus fort. »
Le message est :
« Approche-toi de la source. »
Le fleuve vient du temple. La vie vient de Dieu.
Et Jésus nous rappelle dans l’Évangile cette promesse extraordinaire : celui qui vient à lui n’aura plus à chercher ailleurs pour étancher sa soif, car de son être couleront des fleuves d’eau vive.
Alors aujourd’hui, ne regardons pas seulement nos endroits secs. Regardons la source.
Ne regardons pas seulement ce qui semble mort. Regardons le fleuve.
Parce que là où le fleuve de Dieu passe,
la vie revient.
Amen.
