AOÛT

Prédication du Dimanche 30 août 2026

 

Mathieu 16 versets 21à 27

Romains 12 versets 1 à 2

Jérémie 20 versets 7 à 9

BIEN HEUREUX ET SATAN A LA FOIS ? L’EXEMPLE DE PIERRE.

Ce texte suit les questions de Jésus sur son identité dans les versets précédents : qui dites-vous que je suis ? Pierre répond bien : tu es le fils de Dieu, le Messie ; et Jésus le félicite et lui confie qu’il sera la fondation de l’Église, rien que ça !

Chers amis Frères et sœurs, dans ce passage ce matin une question se pose car elle choque et même nous déroute profondément.

Cette question, la voici : « Comment comprendre que Pierre soit déclaré heureux, et pilier de l’Église au verset 18, pour être aussitôt traité vulgairement de Satan au verset 23 ?

« Pierre se mit à lui faire des reproches en disant : à Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. Mais Jésus se retourna et dit à Pierre : arrière de moi Satan ! tu es pour moi  un scandale car tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes ». ??? Mt 16, 23

 Ceci est d’autant plus terrible pour Pierre que déjà, se faire traiter de Satan n’est pas agréable, mais en plus, se faire traiter de Satan lorsque l’on vient d’avoir été élevé en bienheureux ça fait encore plus mal, car comme on dit, on tombe de plus haut.

On imagine donc sans peine ce que Pierre a du ressentir, la claque qu’il a du prendre. Il est scotché. K.O. Debout !

On pourrait tenter une interprétation en disant que Jésus a un peu perdu de sa sagesse car cette réaction semble excessive et quelque peu disproportionnée.

Il aurait pu après tout se contenter de le contredire même sèchement, pourquoi aller jusqu’à ce rejet violent ?

Satan nous le savons c’est le tentateur, c’est celui qui essaye d’écarter Jésus de son humanité, du don de lui-même et donc du don de la vie par la mort sur la croix.


Or, lorsque Pierre dit à Jésus qui annonce sa mort à Jérusalem de façon explicite que cela ne lui arrivera pas, on comprend facilement la réaction de Pierre qui veut naturellement éviter la mort à son maître, à celui qu’il aime.

Si quelqu’un qu’on aime nous dit qu’il va au devant de graves ennuis, on va lui dire que non, que cela ne lui arrivera pas, car c’est une manière de lui dire : « on ne va pas te laisser tomber, on est avec toi ».

Et si Jésus avait été dans un état plus normal, il l’aurait simplement traité d’enfant qui ne sait pas de quoi il parle, ou bien il lui aurait dit comme il lui dit ailleurs : « tu dis cela mais tu seras le premier à me renier trois fois avant le chant du coq. » Mt 26, 34 et 74-75

Mais là, Jésus est visiblement touché, très profondément, puisque sa réaction est d’une violence inhabituelle.

Touché d’entendre qu’il pourrait ne pas avoir à mourir, et surtout de l’entendre de la bouche de ceux qu’il aime. Pierre est le porte parole des disciples il se fait aussi sermonner pour les autres.

Dans le désert Jésus est à l’aise pour répondre à Satan, et pour déjouer ses pièges sans colère, et là Pierre réussit à le faire sortir de ses gonds.

Tant que c’est le diable lui-même qui tente et qu’on le sait, c’est relativement facile de le vaincre en l’envoyant promener ; mais si tout d’un coup la tentation vient plus ou moins involontairement de la bouche de ceux qu’on aime, alors là ça devient difficile de s’opposer, personne n’aime le faire.

Voilà pourquoi Jésus sans doute réagit avec une certaine brutalité inattendue : il est coincé puisque la tentation ne vient pas de l’adversaire mais de quelqu’un qu’il aime.

Soit il répond  à l’amour immédiat de ses disciples qui ne veulent pas le perdre et donc qui involontairement s’opposent à sa mission, ce pourquoi il est venu, il repart pour vivre avec eux et alors il renonce et le diable a gagné, soit il ne cède pas, il continue sur le chemin de Jérusalem pour aller à la mort, mais il brise le cœur de ceux qui l’aiment.

Soit il cède à l’amour immédiat de ses disciples et alors en un sens il les perd puisqu’il ne fera pas son œuvre de salut, soit il est obligé de leur infliger une souffrance cruelle en ne les écoutant pas et en allant jusqu’à la mort, mais en vue d’une espérance immense.

Pierre apparaît diabolique : il met Jésus sans le vouloir dans une alternative bien douloureuse !

Involontairement avec des mots que l’on croit réconfortants, bienveillants, drôles, nous pouvons nous aussi déclencher une tempête intérieure chez celui ou celle à qui ces paroles sont destinées.

Pierre est chacune et chacun de nous : en proie au doute, instable, craintif, maladroit, lâche dans le reniement, infidèle et imparfait dans la foi, mais aussi attachant, attendrissant et sincère dans son chemin d’amour pour Jésus.

Frères et sœurs, notre réformateur allemand, Luther, tire de l’étude de la Bible l’enseignement important suivant :

L’être humain est à la fois juste et pécheur.

Juste, parce qu’il a l’occasion d’être le joyeux témoin de la parole qui lui est donnée.

Pécheur, parce qu’il croit à ses propres réflexions.

En effet, réfléchir, ce n’est que parler à son reflet, c’est vivre refermé sur soi-même ; alors que parler, en vérité, c’est d’abord être à l’écoute de la parole ; c’est se souvenir que l’être humain n’est pas la source de la parole mais celui à qui elle est destinée ; et que c’est la parole qui fait de lui un sujet vivant.

Pierre est comme chacun d’entre nous, et chacun de nous est comme Pierre : à la fois juste et pécheur.

Juste par la foi qui nous fait parler ; et pécheur par notre volonté de ne parler qu’à partir de nous-mêmes et seulement pour nous-mêmes.

Si Pierre était parfait, et nous aussi , où serait la grâce du Christ ?

Même infidèles et lâches, le Christ ne cessera de nous faire avancer et de nous pardonner, comme il l’a fait avec Pierre, même après que Pierre l’a renié.

AMEN

Statue de saint Pierre, par Pierre-Étienne Monnot, nef de la basilique Saint-Jean-de-Latran, Rome.

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