Prédication du 27 Septembre 2026
Deutéronome 8 versets 7 à 18
Corinthiens 9 versets 10 à 15
Luc 12 versets 15 à 21
Frères et sœurs,les textes choisis pour nous aujourd’hui, nous donnent à méditer pour cette fête des récoltes et de la Création, ils nous rappellent à la fois la reconnaissance que nous pouvons avoir devant la générosité des dons de Dieu au travers de sa Création, mais aussi la responsabilité qui est la nôtre devant tout ce qui est mis à notre disposition si gracieusement.
Luc nous rappelle qu’il ne sert à rien d’amasser des biens pour la longévité et l’entretien de l’âme ; selon le proverbe bien connu, on n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard.
Bénir le Seigneur, le louer, manifester sa profonde reconnaissance, voilà donc le premier geste qui doit être le nôtre et que nous manifestons par notre joie, nos prières, nos chants, aujourd’hui et demain…
Comme un grand merci qui s’élève de nos cœurs vers Dieu, vers celui que nous reconnaissons comme notre Créateur. Mais le texte nous dit encore que Moïse attire l’attention de ce peuple sur un point crucial : prends garde, dit-il. Prends garde de peur que ton cœur ne s’élève et que tu n’oublies le Seigneur … Autrement dit, prends garde de ne pas te prendre toi-même, pour Dieu, le Créateur, dans la mesure où tu penserais que c’est par ton seul ouvrage, par la force de tes seules mains que tu as engrangé tout ce qui a fructifié chez toi.
La propriété, la richesse, le travail, peuvent tous devenir des idoles auxquelles nous sacrifions notre vie, notre temps, notre santé, notre liberté.
L’accumulation des richesses, dans quelque proportion que ce soit est sans doute à la base le signe d’une crainte, d’un besoin de sécurité que l’on se laisse aller à placer dans nos biens plutôt qu’en Dieu. Or, l’épître aux Corinthiens nous invite à son tour à la confiance en Dieu mais aussi en la solidarité entre les membres d’une même communauté, au sens large du terme. Si cette justice, cette solidarité sont effectivement à l’œuvre, alors rien n’est plus à craindre.
Nous avons donc là, après la louange, une invitation à pratiquer la justice, la solidarité. Et sur le champ de l’écologie aujourd’hui, c’est bien là que cela pèche.
Certains usent et abusent des richesses de la terre tandis que d’autres sont réduits à la misère et rendus esclaves d’un système qui met toute la Création en danger de mort. Nous sommes invités à partager avec générosité la surabondance de la grâce que nous avons reçue, en vivant là où nous vivons, dans les conditions qui sont les nôtres. L’exemple que donne Jésus avec son cultivateur aux greniers pleins, est assez frappant. Caricatural peut-être mais tellement juste jusque dans sa démesure !
Écoutons les mots écrits par Steve Jobs sur son lit d’hôpital.
Le milliardaire, patron d’Apple, mort à 56 ans d’un cancer du pancréas écrit ceci : J’ai atteint le summum du succès dans le monde des affaires. Dans les yeux des autres, ma vie est une réussite. Cependant, mis à part le travail, j’ai eu peu de joie. En fin de compte, la richesse n’est qu’un fait auquel je me suis habitué. En ce moment, allongé sur mon lit d’hôpital, et me rappelant toute ma vie, je me rends compte que toute la reconnaissance et la richesse dans laquelle j’ai pris tant de fierté, a pâli et est devenue insignifiante face à la mort imminente.
Ce qui est frappant, c’est ce « je me suis habitué », habitué à la richesse démesurée et aux plaisirs qu’elle permet. Habitué au point de ne même plus penser à rendre grâce, à se réjouir de ce que tout cela lui soit arrivé, à lui ! Et c’est, comme le dit la parabole de Jésus au riche cultivateur qui engrange ses récoltes, la perspective de la mort qui finalement redonne aux choses leur juste place.
Ce qui a du goût dans notre vie, c’est ce que nous regardons comme une merveilleuse surprise, un cadeau sans cesse inattendu. C’est cela qui donne du prix à ce que nous possédons, à ce que nous vivons, aux rencontres que nous faisons !! C’est cela qui nous met la joie au cœur en découvrant à chaque moment combien rien n’est dû, mais tout est cadeau. Notre corps quand nous sommes en bonne santé que tout fonctionne sans que nous y pensions même !

Ah le bonheur de respirer ! Y pensez-vous ?
Et tous les mécanismes incroyables qui gèrent le fonctionnement de nos cellules et de nos organes : merveille que cela !
Les paysages incroyables que nous avons sous nos yeux au quotidien, ici dans notre belle paroisse Albret – Armagnac mais dans le monde entier : merveille ! Les lois de la nature qui font que les plantes fructifient, se multiplient, nous donnent nourriture et beauté : merveille !
La course des étoiles, les cheminements de courants, des vents, le cycle de l’eau … merveille encore !
Frères et sœurs ne perdons pas notre capacité à nous émerveiller et à rendre grâce, car c’est cela qui nous fait prendre conscience que nous ne sommes pas les maîtres de tout, que nous ne sommes que des voyageurs de passage sur cette terre qui nous donne tout.
Et qu’après nous d’autres jouiront de ces merveilles à leur tour …
Ne nous égarons pas dans une auto-suffisance béate, satisfaite d’elle-même au point d’en oublier que nous ne sommes pour finir, qu’un élément parmi d’autres dans un écosystème qui nous englobe dans un espace et un temps infini.
Alors comme nous y invite le passage du Deutéronome que nous avons lu : prenons garde. Et pour rester dans cette vigilance qui nous est demandée, voilà le chemin que nous pouvons choisir aujourd’hui, celui de la reconnaissance et du partage de la joie.
Aujourd’hui, prenons le temps pendant ce culte de ressentir et de manifester notre joie d’être simplement vivants, ensemble, et en lien fort avec ce Dieu qui veut pour nous la vie et la joie.
Notre spécificité peut-être est justement cette capacité que nous avons de nous réjouir ; de nous réjouir et d’être reconnaissants. Ainsi que l’a dit justement le pape François :
«Bien qu’étant très fragile, l’être humain est l’unique créature consciente de tant de beauté dans l’univers ; cet émerveillement, ravive l’étincelle de l’action de grâce».(Pape François)
Amen