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Méditation du 03 juin 2026
Mes biens chers frères et sœurs, vous avez déjà entendu dire que le doute fait partie de la foi.
Et j’ai souvent, devant vous, à de nombreuses occasions, exprimé mes propres doutes au sujet de la foi.
Pour moi, certains doutes sont légitimes et même excellents :
Je doute que jésus ait vraiment marché sur l’eau, je doute qu’il soit né d’une vierge et que son corps soit ressuscité.
Je doute que Dieu soit trois personnes, qu’il soit horrifié par le sexe hors mariage, ainsi que par les interruptions volontaires de grossesse.
Je doute que Dieu soit consterné qu’on mange du porc.
Je doute qu’en réponse à nos prières, Dieu guérisse tel malade ou qu’il nous fasse réussir à un examen.
Je doute que les joueurs de football, qui se signent en commençant un match, reçoivent ensuite de Dieu le petit souffle de vent qui fera entrer le ballon dans les buts adverses.
En revanche, j’essaye de ne pas douter de la présence en moi d’un Dieu créateur de vie, un Dieu qui m’aide à surmonter mes problèmes car alors je me retrouverais bien seul avec mes seules forces.
Alors que, justement, mettre notre confiance en sa présence, nous renouvelle la force d’affronter la vie telle qu’elle se présente, ainsi que la fraternité envers notre prochain qui nous sort de notre isolement.
Mais pour moi, la foi c’est justement ce qui n’est pas l’objet de doute. Pour moi la foi c’est une certitude, une ferme assurance comme dans la lettre de Paul aux Hébreux, ch. 11, le premier verset.
La foi, pour moi, ce n’est pas forcément un sentiment religieux, une capacité à prier ou une dimension mystique.
Mais pour moi c’est justement ce qui est le fondement, le rocher de conviction sur lequel je bâtis ma vie.
Et pour moi, Dieu et Dieu seul est ce roc.
De l’existence de Dieu, je ne doute pas.
Bien entendu, vous avez remarqué, au cours de toutes ces années où vous avez bien voulu m’écouter, que je ne crois pas toujours bien comme il faut dans les catéchismes officiels.
Je ne crois pas en effet comme il faut à tous les miracles de la Bible, ou à la toute-puissance de Dieu ou au fait que Jésus ne soit pas Dieu lui-même.
Mais ce ne sont plus pour moi des sujets de doute. J’ai renoncé à croire à tout ce qu’on ma enseigné et je l’assume parfaitement, et sans culpabilité.
En revanche, ce que je crois, je le crois fermement !
Je ne crois donc pas en tout et n’importe quoi, mais il y a des années que je « m’arrange » avec tout ça et que j’ai cessé de m’en faire un problème.
Dès le moment où j’ai commencé à méditer avec vous, je me suis souvenu des paroles de Paul dans sa deuxième lettre à Timothée, premier chapitre, les versets 11 & 14 que voici :
11) Dieu m’a chargé d’annoncer cette Bonne Nouvelle comme apôtre et de l’enseigner.
12) C’est pour cela que je souffre maintenant mais je n’en ai pas honte. En effet, je sais en qui j’ai mis ma confiance. Et, j’en suis sûr, Dieu est assez puissant pour protéger jusqu’au dernier jour ce qu’il m’a confié.
13) Prends comme modèle les paroles vraies que tu as reçues de moi. Tu les as reçues avec la foi et l’amour que le Christ Jésus nous donne.
14) On t’a confié un beau trésor. Garde-le avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous.
Vous comprenez donc, mes chers amis, que je peux faire miennes aujourd’hui ces paroles de Paul !
Et pour ce qui est de Dieu en particulier, je ne le vois pas forcément comme une personne ou un Dieu magicien pouvant intervenir un peu partout et n’importe comment dans le monde, mais j’ai aussi sur lui des idées très précises de ce qu’il est.
Je crois que mon Dieu est une Dieu fort.
Il est l’ossature de toute mon existence.
Et puis, ce qu’est Dieu peut-être dit de plusieurs manières différentes :
Il peut-être vu comme représentant des valeurs fondamentales et structurantes ou comme un idéal qui oriente et donne sens à la vie ou encore comme une dimension de perfection qui nous dépasse et nous sauve de la fin de ce monde.
Et puis, si je ne crois pas que Dieu puisse agir comme un magicien dans le monde, je crois néanmoins qu’il agit, et ce, depuis 15 milliards d’années,
comme une puissance d’évolution,
comme un dynamisme de création,
comme une force de vie et d’amour.
Sans aucun doute pour moi, la base la plus solide de ma foi est dans l’attachement à certaines valeurs essentielles qui sont celles que nous enseigne l’Évangile.
Du coup, je pense que ce n’est pas utile de se livrer à une introspection permanente pour savoir si on a encore ou non « la foi ».
Mais quel que soit l’état de ma vie mystique, je garde comme un roc inébranlable la foi dans le fait que les valeurs que donne le Christ pour l’humanité sont les seules possibles.
Ces valeurs, ce sont l’amour, le pardon, l’humilité, le service, la fraternité, le don de soi, le service… Et par dessus tout, peut-être que l’essentiel est la grâce.
La grâce, c’est un terme technique de théologie qui peut se traduire simplement par l’idée de gratuité.
Frères et sœurs, notre monde matérialiste n’est pas habitué à ça. Tout se paye, tout se gagne , tout est rétribution, mérites, récompenses et punitions.
Or ce qui est beau dans la vie, c’est tout ce qui est gratuit, c’est le don, agir, accueillir, pour rien, par conviction ou par amour.
Ça c’est une merveille, c’est là qu’est la vraie vie. Et il est fondamental pour le dire qu’il y ait des lieux où on le rende public, et des personnes pour le prêcher et en témoigner.
Ces valeurs sont essentielles.
Moi, j’ai mis ma vie en partie au service de l’annonce de ces choses.
Méditer avec vous, au milieu de ce monde matérialiste et égoïste, que ce qu’il y a de plus beau dans la vie c’est l’amitié, la fraternité, la gratuité, le don, l’accueil de l’autre, la grâce et l’amour.
Il n’y a aucun doute là-dessus et ma foi est fondée sur ce roc inébranlable.

Et pourtant je doute. Bien sûr que dans ce dispositif, le doute n’est pas totalement absent.
D’abord, il peut l’être sous forme de questions.
Parce que je crois qu’il est bon de se poser des questions. Ça fait avancer et ça permet de se remettre en cause, de découvrir des choses encore plus profondes, riches et constructives.
Rien ne serait pire qu’un système cols, fermé, sûr de lui, parce que ce ne serait qu’un intégrisme sectaire et stérile.
Et bien sûr aussi que, dans nos opinions sur la foi, il faut laisser à l’autre le bénéfice du doute.
On peut avoir ses propres certitudes et en même temps faire preuve d’une part de modestie permettant de penser que l’autre n’a pas forcément tort pour autant.
Chers amis, le doute le plus essentiel pour moi est un doute positif et pas du tout un doute négatif.
Par exemple, Dieu ne serait-il pas plus grand que ce que j’imagine ?
Il m’arrive de penser que je n’attends pas d’action de Dieu dans le monde matériel. Mais finalement, est-ce que le monde ne serait pas tout de même un peu conduit par Dieu ?
Est-ce qu’il n’y aurait pas une providence veillant au destin du monde ?
Pour un chrétien, la providence se distingue à la fois du fatalisme, du hasard et de la vision scientifique selon laquelle le monde serait régi par un système rigide de lois.
Pour moi, Dieu est à l’œuvre dans tout ce qui se passe et guide tout vers le but qu’il désire.
Et même si je vous ai recommandé plusieurs fois de ne pas prier pour n’importe quoi, il m’arrive de le faire un peu moi-même.
Et puis peut-être plus important : ma foi est-elle assez forte ?
Je sais bien que malgré toutes mes certitudes, celles-ci ne guident pas toute ma vie.
Je ne vis pas en totale cohérence par rapport à ce que je vous confie ; je ne fais pas tout ce que je devrais.
J’ai des doutes profonds et ma foi ne dirige pas toute ma vie. Souvent je m’égare, j’oublie et je manque d’engagement.
Donc oui, je crois en plein de choses, mais ma vie n’est pas entièrement foi, engagement, sincérité ou confiance en Dieu.
Non, tout n’est pas foi dans vie. Je manque de foi. Et je le regrette.
Alors je peux ainsi me raccrocher au récit biblique et faire miennes ces paroles :
« Je crois Seigneur… Viens au secours de mon manque de foi ».
Frères et sœurs, soyez assurés que, même imparfaite, la foi est une chose merveilleuse.
C’est ça que vous devez avoir à l’esprit ce matin : trop peu de foi n’est pas un obstacle pour bénéficier d’immenses grâces et même le peu de foi que chacun peut avoir est une merveille et sans doute la plus belle de toutes les choses de la vie.
Ce que Dieu apporte dans votre vie n’est pas une sorte de récompense qui serait accordée à ceux qui auraient une foi exemplaire mais je crois fermement que Dieu donne ses dons gratuitement, sans aucun mérite de notre part.
Il n’y a donc pas besoin d’avoir une foi immense. Il suffit d’un tout petit peu de foi pour gagner ce lien vital avec Dieu.
La foi, c’est une ouverture à Dieu, à l’absolu, à une puissance de renouveau. Or cette puissance est immense, infinie. Il n’y a donc pas besoin d’une grande ouverture de notre part pour que cette puissance agisse en nous. Même si l’ouverture est petite, elle s’ouvre sur une réalité immense.
La foi, c’est cette ouverture, une ouverture vers Dieu, qui ne se juge pas en terme de quantité mais il suffit qu’elle soit une ouverture.
Le contraire ce serait la fermeture, le refus catégorique de tout dialogue, le refus de la possibilité de toute découverte.
Cette foi est donc une merveille, même potentielle ou à l’état embryonnaire, ainsi que le dit l’Évangile.
Comme le simple minuscule grain de moutarde.
Ça peut sembler peu de choses mais cette foi si petite ou minuscule va grandir et devenir comme un arbre portant de beaux fruits.
Pour vous dire ce que la foi peut apporter dans votre vie, je reviens au Psaume 23 qui commence par ce verset : « L’Éternel est mon berger ».
Parlant à Dieu, l’auteur du psaume dit : « ton bâton me guide et me rassure ». Pour moi, il y a là l’essentiel : la foi guide. Elle donne un sens à votre vie parce qu’il y a en elle des valeurs, des convictions qui sont à même de structurer votre existence. Il y a dans l’enseignement du Christ un chemin de bonheur.
Et je pense que ce chemin est une merveille qui pourra vous apporter beaucoup de bonheur, en même temps que, pour d’autres, il pourra être une chance pour la construction d’un monde meilleur et plus fraternel.
Et puis mes chers amis, la foi rassure celui qui apprend à connaître et à sentir cette présence de l’amour de Dieu.
Qu’il est merveilleux, alors, de savoir que l’on a en Dieu un ami toujours disponible, qu’il est merveilleux de se savoir aimé, accompagné, compris, d’une manière inconditionnelle et totale.
Là se trouve la source d’une vraie force. La foi est un trésor que l’on peut emporter partout avec soi et que personne ne peut nous retirer.
Certes, ce n’est pas facile parce que la foi est l’objet d’une recherche intime pour chacun, mais sa découverte est un trésor et une joie.
Qu’y a-t-il de plus merveilleux que de chercher la présence d’un être aimé ? Tous ceux qui on été amoureux le savent. La rencontre de l’être aimé est une joie infinie.
Frères et sœurs, Dieu est un trésor. La foi fait de ce trésor notre propre trésor et l’Évangile est le cadeau du chemin qui conduit vers ce trésor.
Que celui qui a des oreilles pour entendre entende et que celui qui cherche trouve.
Mes chers amis, je souhaiterais vous dire pour finir qu’à la fois croire et douter c’est bien compliqué, mais qu’il n’y a rien d’autre de mieux à faire qu’à chercher ce Dieu de Jésus Christ.
C’est le Dieu de Pierre dans l’Évangile de Jean.
Souvenez-vous, c’est dans l’Évangile de Jean au chapitre 60, verset 66 : après un discours particulièrement ardu fait par Jésus, tous ses auditeurs le quittent en disant : « ces paroles sont difficiles, qui les écouterait ? »
Alors Jésus se tourne vers les douze encore autour de lui et leur dit : « Et vous, vous allez aussi vous en aller ? »
Sans doute que Jésus aurait voulu que l’un d’eux disent « bien sûr que non, parce que nous comprenons tout »
Mais Pierre répond seulement : « Seigneur, à qui d’autre irions-nous ? » Sous-entendu qu’il le ferait bien lui, parce que lui non plus, vraisemblablement, ne comprenait pas tout.
Mais où aller ? Quelle alternative ?
Il n’y a rien de mieux en fait, alors autant rester.
Et finalement, il conclut par une magnifique profession de foi : « TU AS LES PAROLES DE LA VIE ! »
Amen