Eldorado de Laurent Gaudé

Salvatore Piracci est le commandant de la frégate Zeffiro, un navire des garde-côtes italiens basé à Catane chargé de surveiller les embarcations amenant illégalement des immigrés clandestins sur l’île de Lampedusa.
Le hasard lui fait rencontrer une femme qu’il avait sauvée quelques années auparavant. Elle lui confie son histoire douloureuse et sa volonté de se venger de ceux qui profitent de la détresse des migrants. Cette rencontre bouleverse le commandant, qui commence à remettre en question le sens de sa mission et sa propre vie.
Lors d’une énième patrouille, le commandant Piracci ne réussit, malgré tous ses efforts, à retrouver que deux d’un groupe de cinq embarcations en détresse durant une nuit de tempête. La colère le submerge. Un court échange avec l’un des rescapés le déstabilise un peu plus dans ses sentiments et le sens de son travail.
Sa décision est prise, il décide de tout quitter et de partir pour l’Afrique du nord à bord d’une barque de pêcheurs.
Durant le même temps, deux frères soudanais Soleiman et Jamal font route vers la Libye afin de tenter la traversée pour l’Europe et poser le pied dans un Eldorado imaginaire en quête d’une vie meilleure. Une fois la frontière passée, Soleiman se retrouve seul avec Boubakar, un Malien claudiquant qui, depuis sept ans, fait obstinément route vers le nord. Ils se dirigent vers le Maroc, vers Ceuta, une enclave espagnole autonome sur le continent nord-africain. Ils passent par Ghardaïa, en Algérie. C’est dans cette ville que le commandant Piracci, en proie, au fil de sa pérégrination, à une pesante lassitude de vivre, croisera Soleilman avant d’être heurté par un camion d’immigrants et trouver la mort, apaisé.
Face à la «barrière de Ceuta», double rangée de barbelés et de murs empêchant l’entrée sur le territoire espagnol et sous la pression des autorités marocaines, Soleiman et Boubakar réussissent en s’entraidant lors de l’assaut, à faire partie des rares personnes à passer l’ultime frontière.
Eldorado reçoit le prix des lycéens de l’Euregio 2010
Pour écrire « Eldorado », Laurent Gaudé s’est documenté sur la situation des migrants en Méditerranée et s’est rendu à Lampedusa. Le roman a reçu plusieurs prix, dont le Prix des Lecteurs de L’Express en 2007,
Assommons les pauvres ! Shumona Sinha (2011)
C’est à Fontenay-sous-Bois, dans le Val-de-Marne, tout près du périphérique et de la gare RER, que se trouve le bâtiment abritant les bureaux de l’Ofpra – l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Là, dans un espace exigu, derrière le verre fumé, chacun des demandeurs d’asile qui se croisent par dizaines tous les jours raconte son drame à une ou un « officier de protection » chargé de constituer son dossier.

C’est à lui d’établir la vérité, mais aussi et surtout, à l’interprète. Ce dernier est originaire du même pays que le demandeur. L’Ofpra y voit une compétence supplémentaire. Familier des codes culturels, il sera mieux à même de déceler les sous-textes, ambiguïtés et mensonges susceptibles d’émailler la déposition du candidat à l’exil. C’est tout cela que l’interprète doit « traduire », conscient que de sa traduction dépendra que le dossier de l’exilé soit accepté ou rejeté.
Le piège qui le guette est évident : plus il va faire ce pour quoi on le paye, autrement dit plus il va tenter d’approcher de la vérité et percevoir les faux-semblants de son ex-compatriote, et plus il va lui falloir prendre parti entre le récit de ce dernier et les critères juridico-administratifs d’un pays d’accueil qui, désormais, est aussi le sien.
Or il se trouve que l’interprète, la narratrice dans ce roman, après avoir assommé un étranger doit à son tour répondre aux interrogatoires d’un inspecteur de police Monsieur K. Et cogiter dans sa cellule sur ce retour forcé sur son passé.
Prix du Roman Populiste.
«Assommons les pauvres» est aussi un poème en prose de Charles Baudelaire.
Avant d’en être congédiée aux lendemains de la publication de son livre, Sinha gagnait elle-même sa vie à l’Ofpra comme traductrice. Elle est née en 1973 à Calcutta, où elle a reçu en 1990 le Prix du meilleur poète du Bengale et où elle a vécu jusqu’à son arrivée à Paris, en 2001, pour y suivre des études littéraires à la Sorbonne.
Trafiquants d'hommes
L’agence de voyages la plus impitoyable du monde (2015)
Andrea Di Nicola, Giampaolo Musumeci
traduit de l’italien par Samuel Sfez

«Chaque année des milliers de clandestins jouent leur vie pour rejoindre l’espace Schengen. Via Lampedusa, la Grèce, la Tunisie, la Turquie ou la Slovénie. À pied ou en camion, dans la cale d’un bateau ou en avion avec un billet de première classe. Pour chaque migrant parvenu à bon port, quelqu’un a empoché entre 1000 et 10000 euros. Le chiffre d’affaires global de ce business est estimé entre 3 et 10 milliards de dollars par an, juste après celui du trafic de drogue. Au sommet de la pyramide, d’insaisissables et puissants criminels orchestrent de vastes réseaux d’intermédiaires. Qui sont ces trafiquants d’hommes, comment travaillent-ils, comment échappent-ils aux contrôles? Depuis 2012, nous avons parcouru des milliers de kilomètres, interrogé des dizaines de magistrats et de policiers, rencontré des passeurs et des trafiquants en prison ou dans les bistrots des ports de transit. Nous avons recueilli leurs confidences, analysé leurs méthodes et leurs livres de comptes. Notre enquête décrit la plus grande et la plus impitoyable “agence de voyages” du monde.»
A.D.N. et G.M.
Entretien avec Giampaolo Musumeci par la librairie Mollat
https://www.youtube.com/watch?v=/ZhMfDsxleTU
Un rêve plus loin de Karam Hassan
« Je suis né une première fois en 1987 au Soudan, une seconde fois en France en 2014. »

Originaire du Darfour, Karam Hassan rêve de devenir journaliste. Excellent élève, il quitte le Soudan et poursuit des études supérieures en Inde. Mais à son retour, il est arrêté par les autorités soudanaises qui l’accusent de militer dans les rangs de l’opposition. Informateur, délateur et recruteur à la solde du régime : tel est le prix à payer pour sa liberté. Karam Hassan n’a plus le choix. Quitter son pays, tout laisser derrière lui, gagner l’Angleterre.
C’est le début d’une vertigineuse odyssée. De l’Egypte à la Sicile, la violence et la misère manquent de le faire sombrer. Arrivé en France, malgré l’enfer de la jungle de Calais où il échoue, les mains qui lui sont tendues lui redonnent espoir. Karam décide d’apprendre le français. Il veut s’en sortir. C’est le début d’un « rêve plus loin ». Son témoignage, bouleversant d’humanité, est une leçon.
En achetant ce livre, vous faites un don à l’association fondée par Karam Hassan, « La Voix des Réfugiés ».