DESCRIPTION DU SUJET
INTRODUCTION
Plus de 1500 écologistes et défenseurs de la terre ont été assassinés en Amérique latine depuis 2012. De la Guerre froide à la Guerre verte cherche les racines de cette violence en interrogeant l’opération Condor. Cette «multi- nationale de la répression», qui a procédé à l’élimination physique de dizaines de milliers de «subversifs» tout au long des années 1970, s’est aussi traduite par l’impunité et l’accaparement des terres, jetant les bases de l’actuelle république du soja, berceau de l’agrobusiness mondial.
Un voyage intime dans les limbes entre l’histoire et le présent : personnel et collectif, un parcours guidé par les personnages qui élabore une généalogie de notre désastre écologique, en présentant une contextualisation historique et politique inédite.
DESCRIPTION DU SUJET
Pour comprendre la situation actuelle de crise écologique et climatique, il est essentiel d’analyser le contexte historique, économique et politique qui nous y a conduits. Il est nécessaire d’élaborer une généalogie de la crise climatique afin de comprendre les mécanismes qui l’ont engendrée et peut-être de pouvoir les inverser.
Le Brésil et le Paraguay constituent un excellent cas d’étude. Il est impossible d’analyser le présent latino-américain sans tenir compte du passé récent. Les dictatures fascistes qui ont pris le pouvoir dans presque tous les pays de la région à partir des années 1950 ont laissé une marque indélébile sur les sociétés et les institutions. Mais l’héritage de ces dictatures se reflète également dans la catastrophe écologique que connaît aujourd’hui cette région, et dans la violence quotidienne subie par les écologistes et les défenseurs de la terre. Après la chute des dictatures, très peu de responsables ont été jugés et beaucoup ont continué à occuper des postes proches du pouvoir. Cette absence de justice a favorisé la continuité de la violence politique et la culture de l’impunité.
Une autre conséquence fondamentale des dictatures est qu’au cours de ces années ont été jetées les bases du vaste modèle agro-industriel écocide qui domine aujourd’hui cette partie du monde. La base de tout ce système est l’accaparement des terres, par lequel certains individus privés, liés au pouvoir dictatorial, se sont appropriés des terres appartenant à l’État grâce à un système basé sur la falsification de documents et la corruption. Ce phénomène est connu sous le nom de terres malhabidas au Paraguay et de grillagem au Brésil. Les terres malhabidas du Paraguay, cédées par le dictateur Stroessner à ses amis, représentent plus de 8 millions d’hectares (une superficie équivalente à celle de l’État de Panama). Au Brésil, elles représentent 14 millions d’hectares.
Ces terres appartenaient souvent aux peuples indigènes. D’autres de ces terres auraient dû être distribuées aux paysans sans terre par le biais d’une réforme agraire prévue dans les constitutions de ces pays. La propriété illégitime de ces terres n’a jamais été remise en question après la chute des dictatures, étant encore aujourd’hui le théâtre d’innombrables conflits et scènes de violence, dans lesquels les forces de l’État défendent la «propriété privée» des propriétaires illégitimes contre les peuples indigènes et les paysans sans terre qui les revendiquent.
Un autre aspect important à considérer, comme cause de la catastrophe écologique en Amérique du Sud, est la pression importante exercée par les lobbies internationaux et les Think tanks sur les fragiles démocraties locales. Bon nombre des anciens financiers de l’opération Condor et de la lutte anti- communiste financent aujourd’hui des campagnes négationnistes sur le changement climatique et exercent une pression énorme en faveur de l’agro-industrie, mettant en grande difficulté les gouvernements qui tentent de réduire l’impact de ces pratiques productivistes.
Parmi ces groupes, on peut citer par exemple la Heritage Foundation ou le Heartland Institute avec son slogan «Green is the New Red», qui identifie toute personne s’opposant au modèle de production d’exportation écocide comme un ennemi à combattre. L’activité de ces groupes a une influence énorme sur le débat public dans les pays concernés, où ils financent et forment des structures locales qui défendent les mêmes intérêts agro-industriels exportateurs.


















